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samedi 20 août 2011

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« Ma faiblesse est de vouloir que ce que je dis soit vu —»

vendredi 19 août 2011

273




« C'était une fille de vingt-cinq ans, laide et visiblement sale. Son de famille, Lazare, répondait mieux à son aspect macabre que son prénom. Elle était étrange, assez ridicule même. Il était difficile d'expliquer l'intérêt que j'avais pour elle. Il fallait supposer un dérangement mental. Il en allait ainsi, tout au moins, pour ceux de mes amis que je rencontrais en Bourse.
Elle était, à ce moment, le seul être qui me fît échapper à l'abattement : elle avait à peine passé la porte du bar - sa silhouette décarcassée et noire à l'entrée, dans cet endroit voué à la chance et à la fortune, était une stupide apparition du malheur - je me levais, je la conduisais à ma table. Elle avait des vêtements noirs, mal coupés et tachés. Elle avait l'air de ne rien voir devant elle, souvent elle bousculait les tables en passant. Sans chapeau, ses cheveux courts, raides et mal peignés, lui donnaient des ailes de corbeau de chaque côté du visage. Elle avait un grand nez de juive maigre, à la chair jaunâtre, qui sortait de ces ailes sous des lunettes d'acier.
Elle mettait mal à l'aise : elle parlait lentement avec la sérénité d'un esprit étranger à tout; la maladie, la fatigue, le dénuement ou la mort ne comptaient pour rien à ses yeux. Ce qu'elle supposait d'avance, chez les autres, était l'indifférence la plus calme. Elle exerçait une fascination, tant par sa lucidité que par sa pensée d'hallucinée. Je lui remettais l'argent nécessaire à l'impression d'une minuscule revue mensuelle à laquelle elle attachait beaucoup d'importance. Elle y défendait les principes d'un communisme bien différent du communisme officiel de Moscou. Le plus souvent, je pensais qu'elle était positivement folle, que c'était, de ma part, une plaisanterie malveillante de me prêter à son jeu. Je la voyais, j'imagine, parce que son agitation était aussi désaxée, aussi stérile que ma vie privée, en même temps aussi troublée. Ce qui m'intéressait le plus était l'avidité maladive qui la poussait à donner sa vie et son sang pour la cause des déshérités. Je réfléchissais : ce serait un sang pauvre de vierge sale. »

jeudi 23 juin 2011

246



« Tu me tues.
Tu me fais du bien.
J'ai le temps.
Je t'en prie.
Dévore-moi. »

mercredi 22 juin 2011

245



« Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l'aimais à ce point là de vouloir mourir de sa mort. J'étais séparée de lui depuis dix ans quand c'est arrivé et je ne pensais que rarement à lui. Je l'aimais, semblait-il, pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J'avais oublié la mort. »

mercredi 25 mai 2011

217



« On se fait toujours des idées exagérées de ce qu’on ne connaît pas. »

dimanche 24 avril 2011

186



« Quelquefois dans un vertige, ils démontaient complètement le cadavre, puis se trouvaient embarrassés pour remettre en place les morceaux. »

samedi 23 avril 2011

185



« Analyser le monde, l'expliquer, le mépriser, cela peut être l'affaire des grands penseurs. Mais pour moi il n'y a qu'une chose qui importe, c'est de pouvoir l'aimer, de ne pas le mépriser, de ne le point haïr tout en ne me haïssant pas moi-même, de pouvoir unir dans mon amour, dans mon admiration et dans mon respect, tous les êtres de la terre sans m'en exclure. »

lundi 21 mars 2011

152



« C’est sans doute ce qu’elle ferait si elle avait le pouvoir du point d’orgue, n’est-ce pas ? Si elle était dans une certaine ambiance ? »

dimanche 20 mars 2011

151



« Au début, j’ai pensé  que l’idée lui plaisait, parce qu’elle a fait « Hmm ! » avec un certain enthousiasme. À un ou deux endroits de mon histoire hypothétique (que j’ai un peu enjolivée pour la postérité, bien que dans ses grandes lignes elle soit comme je la lui ai racontée), il y avait eu un éclat intéressé dans ses yeux. Mais à ma grande consternation, plus elle réfléchissait à ce concept de perversion du temps, plus elle semblait s’y opposer. J’ai essayé de la convaincre avec d’autres exemples : est-ce que ça ne l’intéresserait pas un peu de se trouver dans un lieu public comme Park Street Station, attendant son train, et d’être capable d’appuyer sur la touche play pour traverser la foule des hommes en complet et cravate et leur baisser vivement leur pantalon afin que leur idole maniaque sorte timidement sous les pans de leur chemise, disponible pour toutes les évaluations, les comparaisons et les câlineries rapides ? »

vendredi 18 février 2011

121



« Je touche presque à la fin d’un voyage autour du monde, à la recherche de cadavres. Un itinéraire de ruines et de nécropoles. Au lieu de m’arrêter dans les cités vivantes, habitées par des vivants, je suis allé en pèlerinage dans toutes les cités mortes, peuplées par des ombres. » 

jeudi 20 janvier 2011

92




« Dove sono le armi ? Io non conosco // che quelle della mia ragione : // e nella mia violenza non c’è posto// NEANCHE PER UN’OMBRA DI AZIONE//NON INTELLETTTUALE. Faccio ridere// ora, se, suggerito dal sogno, »

« Où sont les armes ? Je ne connais, //pour moi, que celles de la raison:// et ma violence ne fait nulle place// NE FUT-CE QU’AU FANTÔME D’UNE ACTION//QUI NE SOIT INTELLECTUELLE ; Qui songe à rire// si maintenant sous l’emprise du rêve, »