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vendredi 21 mars 2014

667



« Jacob de Lafon lit, quelque part, que toute activité
humaine s’organise selon deux vecteurs
opposés : la poussée centrifuge de la paranoïa et
la traction centripète de l’hystérie. »

mercredi 19 mars 2014

666



--> « Elle se moquait de mon émotion devant les symphonies de couleurs dont nous gratifiaient successivement le lever et le coucher du soleil sur ce rocher dominant mer et terre. Je me gardais bien de lui avouer mon malaise de voir s’accomplir la naissance et la mort du jour dans des couleurs qui étaient aussi celles des chair pourries et de l’enfer, et plus secrètement encore, de mes peurs intimes. »

lundi 17 mars 2014

665



« Dans le grenier de la vieille maison, c'est un capharnaüm de malles remplies de livres, de lettres, de papiers de famille, mais aussi de vêtements périmés, de rideaux, de dentelles, de coussins à franges et à ramages. Il y traîne des jouets comme fracassés par le temps : une poupée qui a perdu une jambe, une autre dont le crâne de porcelaine s'est brisé et laisse apparaître le délicat appareil de contrepoids qui fait mouvoir les yeux, petits globes de verre bleus se haussant et s'abaissant sous des paupières immobiles ornées de très longs cils. Les poupées portent des robes à l'image de celles des petites filles et, là-dessous, de précieux petits pantalons blancs serrés contre les cuisses. Un jeu de quilles est étalé sur le plancher. Un cheval de bois éreinté est encore attelé à sa charrette, mais celle-ci n'a plus de roues. Des soldats de plomb fauchés dans leur élan viril gisent dans une boîte de carton. De nombreux couvre-chefs, masculins ou féminins, sont accrochés à des patères ou traînent dans la poussière : des casquettes, des gibus, des canotiers, des chapeaux extravagants ornés d'oiseaux, de fleurs, de plumes, et garnis de rubans, de voiles noirs ou de voilettes. »

vendredi 14 mars 2014

664



« Skoutchno est un mot russe très difficile à traduire. Cela signifie plus que morne ennui: c'est un vide de l'âme qui vous aspire de manière indéfinie mais vive vers une nostalgie prenante, telle une vague. Alors que j'avais treize ans, âge que dans le langage courant l'on désigne sous l'appellation d'"âge ingrat", mes parents ne savaient plus à quel saint se vouer. Nous habitions en Bucovine. [...] Mais ce que je veux raconter m'apparaît aussi lointain dans l'espace et le temps que si je n'avais fait que le rêver. Et pourtant tout a commencé comme une histoire très ordinaire. »

mercredi 22 janvier 2014

642



« MACBETH : Je l’ai vu.
Du sang fut répandu autrefois
Avant que la loi ne plante sur ses pieds le squelette
De l’Etat. Et depuis aussi des meurtres innombrables
Et sans nom. Et il en a toujours été ainsi : quand
La cervelle était dehors, l’homme mourait et après
Plus rien. Aujourd’hui les morts ont de l’avenir.
Vingt trous dans le crâne, le vent passe au travers
La pluie y entre, et ils se relèvent
Et nous chassent de nos chaises ou
Prennent place sur notre pauvre dos
Pour jouer au cheval avec notre majesté. »

lundi 20 janvier 2014

641



« Sometimes, when there’s been an accident and reality is too sudden and strange to comprehend, the surreal will take over. Action slows to a dreamlike glide, frame by frame; the motion of a hand, a sentence spoken, fills an eternity. Little things—a cricket on a stem, the veined branches on a leaf—are magnified, brought from the background in achingly clear focus. »

vendredi 17 janvier 2014

640



« L'eau, d'une gueule de satyre aux oreilles foliesques, tombait dans une cuve naturelle de terre rouge et d'herbes vertes où s'enracinaient des lauriers-roses en touffes compactes. Ce n'était point la vasque moisie et lépreuse de nos jardins où la source inutile vient inonder une terre déjà molle de pluie. C'était une naissance de fleurs dans le sol pourpré du Midi, une fontaine de sève, une urne génitrice d'où la vie ruisselait en verdures mouvantes, et le vieux satyre, fils de Pan, regardait la jeunesse des bois descendre éternellement de ses lèvres.
Au-dessous du mascaron cornu, que la blanche Aline prenait pour le diable, deux nymphes de marbre s'enlaçaient, debout et penchées sur le bassin obscur. A la fin de chaque hiver l'amandier les couvrait de ses petites églantines. L'été, elles prenaient sous le soleil toutes les couleurs de la chair. La nuit elles redevenaient déesses. »

lundi 11 novembre 2013

611



« Tu vois à présent comment tout s’enchaîne. Dans notre monde, les Turcs, pas plus que les Russes et les peuples d’Afrique, n’ont rien subi de semblable à la dévastation dont l’Europe de l’ouest a été la victime. C’est pourquoi les Turcs n’ont pas rencontré d’opposition lorsqu’ils se sont aventurés vers l’ouest. En 1420 ils prennent Constantinople que tu connais sous le nom d’Istanbul. En 1440 ils sont à Vienne, en 1460 à Paris, en 1490 à Londres. Et en même temps les Arabes venant d’Afrique du Nord occupent une fois de plus l’Espagne, et l’Italie par-dessus le marché. Puis les Turcs et les Arabes se querellent, et quand est dissipée la fumée des canons, les Turcs sont maîtres de toute l’Europe à l’exception de la Russie. Et les Russes ont fait la même chose dans la direction opposée, descendant de Sibérie pour s’emparer de la Chine, du Japon, puis du reste de l’Asie. »

vendredi 8 novembre 2013

610



« Les salops de garçons ! sitôt qu’il faisait nuit, ils étaient tous à courir derrière mon dos : Eh ! la môme, qu’ils disaient, un coup au cul, ça sera pas long. Moi, bonne fille je les écoutais. Pourtant je ne jouis pas avec tout le monde, tu sais ; faut savoir enculer, encore. Y en avait qui m’astiquaient la boudinette pendant une heure et ça me faisait autant d’effet que dans la main. Tu crois qu’ils me remerciaient ? Le lendemain, ils se mettaient à quinze pour crier "A la retourne ! A la retourne !" Et moi, tu penses, j’avais honte. »

mercredi 6 novembre 2013

609



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« Eric était fermement convaincu que le boulot des médecins était de trouver des maladies là où il n'y en existait pas, et d'aggraver la maladie là où ils en trouvaient une. »