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mercredi 26 février 2014

657



« Vathek ne douta point que le silence de l’inconnu ne fût causé par le respect que lui inspirait sa présence, le fit avancer avec bonté, et lui demanda d’un air affable, qui il était, d’où il venait, et où il avait acquis de si belles choses ? L’homme, ou plutôt le monstre, au lieu de répondre à ces questions, frotta trois fois son front, [qui ainsi que tout son corps était] plus noir que l’ébène ; frappa quatre fois sur son ventre dont la circonférence était énorme ; ouvrit de [grands] yeux qui paraissaient deux charbons ardents, et [enfin] se mit à rire avec un bruit affreux en montrant de larges dents couleur d’ambre [quoique] rayés de vert. »

lundi 24 février 2014

656



« Vathek, neuvième Califea de la race des Abbassides, était fils de Motassem, et petit-fils d’Haroun Al-Rachidb. Il monta sur le trône à la fleur de l’âge et les grandes qualités qu’il possédait déjà faisaient espérer à ses peuples que son règne serait long et heureux. Sa figure était agréable et majestueuse mais quand il était en colère, un de ses yeux devenait si terrible qu’on n’en [pouvait soutenir les regards] et le malheureux sur lequel il les fixait, tombait à la renverse et quelquefois même expirait à l’instant : Aussi, dans la crainte de dépeupler ses états et de faire un désert de son palais, ce prince ne se mettait en colère que très rarement. »

vendredi 21 février 2014

655



«  Et pour finir en ce qui concerne l’image, si elle est examinée de façon naturelle et non selon une conception Hiéroglyphique, on voit qu’elle contient de nombreuses inexactitudes, différant presque en tout d’une description réelle et correcte. Car, alors que l’on peint le Pélican généralement vert ou jaune, sa véritable couleur tend plutôt au blanc, à l’exception des extrémités ou parties supérieures des plumes de ses ailes, lesquelles sont brunes; il est décrit comme ayant la taille d’une Poule, alors qu’elle est proche de celle d’un Cygne, qu’elle dépasse même parfois. On le représente le plus souvent avec un bec court alors que celui du Pélican atteint parfois une longueur de deux mains. Le bec est dessiné aigu ou pointu à son extrémité, alors qu’il est plat et large, bien que légèrement recourbé à son extrémité. Il est décrit comme appartenant aux fissipèdes, c’est-à-dire aux oiseaux dont les pieds ou les griffes sont divisés alors que c’est un palmipède, c’est-à-dire qu’il a des pieds palmés à la manière des Cygnes ou des Oies, selon la Méthode de la nature, pour les oiseaux latirostraux ou à bec plat, chez qui, étant le plus souvent des nageurs, cet organe est admirablement conçu dans ce but, car leurs pieds sont formés de nageoires ou de rames; en conséquence, ils ne se posent pas sur les arbres et n’y font pas leur nid, si on excepte les Cormorans, qui construisent leur nid à la manière des Hérons. Enfin, une partie de son corps est omise, laquelle est plus remarquable que toutes les autres, à savoir son gave ou jabot, attaché à la partie inférieure du bec et qui descend sur sa poitrine: une poche ou sac fort visible, dont la contenance est presque incroyable; à l’aide de ce jabot cet animal est à l’abri du besoin car il y conserve des Huîtres, des Coques, des Pétoncles et autres animaux testacés, qu’il est incapable de casser, qu’il garde jusqu’à ce qu’ils s’ouvrent et dont, après les avoir vomis, il avale la chair. Il s’agit de cette partie du corps qui a été conservée en tant qu’objet rare et dans laquelle (comme le rapporte Sánchez de las Brozas ), après dissection, a été trouvé un enfant Nègre. »

mercredi 19 février 2014

654



« Toutefois, après recherche, nous n’en trouvons nulle mention chez les Anciens Zodiographes ni chez tous ceux qui ont spécifiquement disserté sur les Animaux, par exemple Aristote, Élien, Pline, Solinus et bien d’autres encore qui oublient rarement des propriétés d’une telle nature et ont été bien plus précis dans des Articles de bien moindre importance. Sur ce sujet, il nous faut admettre que cette représentation n’est pas sans fondement, et nous ne pouvons pas non plus nier que les Pélicans montrent une remarquable affection pour leurs petits, car Élien, dans sa description des Cigognes et de la tendresse qu’elles manifestent à l’égard de leur progéniture, à qui elles apprennent à voler, et à qui elles redistribuent les provisions qu’elles ont dans le ventre, termine en concluant que les Hérons et les Pélicans agissent de la même façon. »

vendredi 20 décembre 2013

628



« Parfois quand un inconnu indiscret vient à le questionner sur sa vie - un taxi, un coiffeur de province, un voisin de train – Yves s’invente un métier, se fabrique une vie, dans l’impunité de l’anonymat …. Le temps d'une course place d'Italie - rue Montmartre, il devient l'un des spécialistes européens de la cryptobiose des tardigrades.

- De la quoi des quoi? dit le taxi

- De la cryptobiose des tardigrades. Les tardigrades sont de tout petits animaux pas plus gros qu'une tête d'épingle. Ils sont capables d'expulser toute l'eau de leur corps pour résister à des températures extrêmes dans l'Antarctique : c'est cela, la cryptobiose. Dans cet état, ils peuvent survivre des années, parfois des siècles. Je les étudie depuis vingt-deux ans maintenant.

- On vous paye pour ça avec nos impôts? Demande le taxi inquiet. »

mercredi 18 décembre 2013

627



 « Il essaya de trouver des sages dans la ville de

Londres et, plus tard, à Paris. Il chercha

Dans l’annuaire : il trouva sur des pages entières des plombiers,

Des avocats, des restaurants, des agences immobilières,

Des plombiers, mais pas une seule référence à un sage,
Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais seulement

Qu’ils ne veulent pas qu’on les contacte, pensa-t-il.

Et il s’en retourna par les rues. »


lundi 16 décembre 2013

626



« Un homme touche une femme avec la même inhabileté
Que ses ancêtres
D'il y a dix siècles.
La vie va de l'avant et elle est monstrueuse. »

vendredi 13 décembre 2013

625



« Impossible, en effet, de distinguer le visage
De qui veut seulement voler un portefeuille
Du visage de qui veut tuer, égorger, éventrer,
Couper en tranches et, avec les arêtes de l'intérieur du corps,
Fabriquer une lyre.
C'est pourquoi Bloom, par précaution, agit immédiatement
Comme si le vieillard et ses trois fils eussent déjà montré
Les dents et que lui, pauvre garçon,
Fût la cause de leur appétit. »

vendredi 11 octobre 2013

598



« Petit patapon et grand patapon, petit Belt et grand Belt, petit et grand ABC, Pépin le Bref et Charlemagne, David et Goliath, Tom Pouce et Gargantua ; je restai l'enfant de trois ans, le gnome, le Petit Poucet, le nabot qui ne veut pas grandir ; pourquoi ? Pour échapper à des distinctions comme le petit et le grand catéchisme ; pour n'être pas à l'âge dit adulte, un mètre soixante-douze, livré à un homme qui, debout à se raser devantla glace, se nommait mon père ; pour n'être pas contraint de reprendre une boutique qui, selon le voeu de Matzerath, devait - denrées exotiques - signifier pour un Oscar majeur l'univers des adultes. »

mercredi 9 octobre 2013

597



« Vous parlerai-je aussi de Monsieur Oneillard qui a le membre en tire-bouchon? C’est une grande rareté, vous en conviendrez. Oneillard me met dans l’embarras car lui aussi ne voulant rien que de très jeune, exige que les orifices lui laissent assez de jeu pour se tirebouchonner à vit-joie, y tracer ses ronds et ses spirales, s’y tourner en dansant, y faire ses volutes et ses hélices, jouer des hanches et du croupion tout en faisant aller son braquemart. Ce n’est point aisé dès qu’on veut de l’étroit.
Monsieur Bigot n’est guère original, sauf qu’il lâche un vent à chaque coup qu’il pousse, une particularité qui parfois dérange.
Monsieur l’Abbé Montini est un misérable masturbateur qui toujours s’efforce de payer en monnaie de singe après avoir occupé un fauteuil pendant des heures, se branlant sans fruit tout en ne cessant de déplorer la cruauté de Ponce Pilate et la malice des pécheurs.
Il faut de bons nerfs pour les supporter. »

lundi 7 octobre 2013

596



« Ma chère Louise,
Il y a longtemps que je vous écrivis mais je ne vous entretiendrai jamais assez du soin qu’il nous faut employer à satisfaire nos clients. Vous ne sauriez croire combien difficile sont certains d’entre eux! Prenons par exemple Monsieur Laustensoire qui entend se faire servir par un Hercule, jusqu’à cinq fois de suite sans désemparer. Bien, direz-vous, ma chère Belle, cela se trouve avec quelque bonheur. Vous n’auriez pas tort si Monsieur Laustensoire ne s’était mis en tête un Hercule de douze ans. Où voulez-vous donc le quérir? La Pinette me conseille de masquer en muguet quelque fort de la Halle, un de ceux qui hardiment savent copuler debout contre un mur, les jambes écartées, le vit battant jusqu’au nombril, mais je vous le répète, je répugne à ce genre de subterfuge. Il n’empêche que ce tantôt je ne pus que penser à Laustensoire en observant une petite araignée besogner une grosse avec une étrange ardeur. »

vendredi 4 octobre 2013

595



« Elle sentait que son âme, usée par le mépris, usée par l’aigreur et les mauvais sentiments, était morte à l’amour, à moins, peut-être, que l’amour ne fût tout autre chose que cet oiseau brillant et enchanté dont elle avait jadis rêvé. »