« Il est déjà dix heures et demie lorsque L’Oiseau
bleu, donné par une compagnie en tournée, prend fin au Théâtre lyrique. Je
ne quitte pas la salle tout de suite ; il me plaît de contempler les
rangées de fauteuils vides : qui croirait que, quelques instants
auparavant, ils accueillaient encore, avec la pompe exotique de certains bals,
tous ces corps parfumés ; j’aime assister à la transformation, en trois
minutes, de toute cette splendeur en une crypte sombre et effrayante. »
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lundi 17 février 2014
vendredi 14 février 2014
652
« Il fut un
temps où je pouvais dire que personne n’était mort
parmi ceux que je connaissais bien. Ce qui ne veut pas dire
que personne ne mourait. J’avais huit ans quand ma mère
se trouva enceinte. Elle partit à l’hôpital pour accoucher et
revint sans le bébé. Où est le bébé ? avons-nous demandé.
A-t-elle haussé les épaules ? Elle était du genre à hausser
les épaules ; tout au fond d’elle-même il y avait un haussement
infini. Ça ne ressemblait pas à une mort. Les années
passaient et les gens ne mouraient qu’à la télévision – s’ils
n’étaient pas Noirs, ils étaient en noir ou malades à l’agonie.
Puis un jour au retour de l’école, je vis mon père assis sur
les marches de notre maison. Il n’avait pas son air habituel ;
il était en nage, il ruisselait. J’ai grimpé les marches en l’évitant
au maximum. Il craquait ou avait déjà craqué. Ou, pour
être plus précise, il m’avait l’air de quelqu’un qui vient de
comprendre son esseulement. Solitude. Sa mère était morte.
Je ne l’avais jamais rencontrée. Pour lui, ça voulait dire un
voyage là-bas. Quand il revint, il ne dit rien, ni de l’avion ni
de l’enterrement. »
parmi ceux que je connaissais bien. Ce qui ne veut pas dire
que personne ne mourait. J’avais huit ans quand ma mère
se trouva enceinte. Elle partit à l’hôpital pour accoucher et
revint sans le bébé. Où est le bébé ? avons-nous demandé.
A-t-elle haussé les épaules ? Elle était du genre à hausser
les épaules ; tout au fond d’elle-même il y avait un haussement
infini. Ça ne ressemblait pas à une mort. Les années
passaient et les gens ne mouraient qu’à la télévision – s’ils
n’étaient pas Noirs, ils étaient en noir ou malades à l’agonie.
Puis un jour au retour de l’école, je vis mon père assis sur
les marches de notre maison. Il n’avait pas son air habituel ;
il était en nage, il ruisselait. J’ai grimpé les marches en l’évitant
au maximum. Il craquait ou avait déjà craqué. Ou, pour
être plus précise, il m’avait l’air de quelqu’un qui vient de
comprendre son esseulement. Solitude. Sa mère était morte.
Je ne l’avais jamais rencontrée. Pour lui, ça voulait dire un
voyage là-bas. Quand il revint, il ne dit rien, ni de l’avion ni
de l’enterrement. »
mercredi 11 décembre 2013
624
« Il vint, il me tâta de sa canne ferrée, il
releva les pans de ma veste avec la pointe et les replia sur mon dos. Il
promena sa canne aiguë dans ma tignasse et l’y laissa longtemps tandis qu’il
regardait, probablement, d’un air farouche autour de lui; et mon rêve suivait
le sien au-delà des monts et des plaines, quand il me saura soudain à pieds
joints sur les reins. Je frémis d’une douleur atroce; je ne m’étais douté de
rien. Qui était-ce? un enfant? un rêve? un brigand? un désespéré? un tentateur?
un exterminateur? Je me retournai pour le voir. »
lundi 9 décembre 2013
623
« Dieu sait pourquoi l’idée me vint alors que,
s’il avait pu prévoir la chose, père aurait aimé emporter sous terre avec lui
des objets familiers. À commencer par frère et moi, songeai-je, mais cette
perspective me parut excessive et désemparante. Bien sûr notre tour viendrait,
notre tour de décéder, et le même jour encore ou peu s’en faut, extrêmement
oints, si ça se dit, dociles jusque dans et par la tombe, car celle de papa,
qui semblait exister depuis toujours en quelque endroit de la plaine qu’il nous
restait encore à deviner, constituait une manière de commandement, un appel
donné si j’ose dire depuis la matrice de la terre, comme tous ses ordres
étaient donnés jusque-là depuis la chambre de l’étage, je dis la chose comme
elle m’apparaît. Mais ça pouvait attendre, je veux dire notre tour, quelques
jours du moins, peut-être des semaines, voire des siècles, car si nous savions
de source sûre par mon père que nous étions mortels jusqu’au trognon et que
tout passe ici-bas, papa ne nous avait jamais précisé combien de temps il
faudrait pour que nous cessions de l’être, mortels, et passions comme cadavres
de l’état d’apprenti à celui de compagnon, mon frère et moi. »
mercredi 2 octobre 2013
594
« Alors que
Mr Darcy s'éloignait, Elizabeth sentit son sang se glacer. Jamais de sa vie
elle n'avait été insultée de la sorte. Le code des guerriers exigeait qu'elle
vengeât son honneur. En veillant à ne pas attirer l'attention, Elizabeth baissa
la main jusqu'à sa cheville, où elle trouva la dague qu'elle dissimulait sous
sa robe. Elle avait l'intention de suivre cet orgueilleux Mr Darcy à
l'extérieur et de lui trancher la gorge. »
lundi 30 septembre 2013
593
« Pour la
première fois dans l'histoire de l'humanité, nous affrontions un ennemi qui
nous avait déclaré la guerre totale. La vraie. Il n'avait aucune limite. Il ne
négocierait jamais. Il ne se rendrait jamais. Il combattrait jusqu'au dernier,
et vous savez pourquoi ? Parce que contrairement à nous chacun d'entre eux
n'avait qu'un seul but dans l'existence : dévorer toute vie sur terre. Et ce
genre d'ennemi nous attendait juste au-delà des Rocheuses. Voilà ce que nous
devions combattre. »
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