dimanche 20 novembre 2011

366



« Parfois, dans la rue, ou ailleurs, j'ai envie de m'effondrer en larmes tant le regard des yeux sur moi me blesse. Il y a de la haine de la part des hommes et des femmes et, de la part de certains hommes, le désir de m'avilir par leur sexe. »

samedi 19 novembre 2011

365



« Les petits sortaient de leur silence. Ils se rappelaient leurs chagrins personnels, ou bien percevaient-ils confusément qu'ils partageaient un chagrin universel ? »

vendredi 18 novembre 2011

364



« Lecteur, un mot, ici. - Lorsque Stendhal voulait écrire une histoire d'amour un peu sentimentale, il avait coutume, on le sait, de relire, d'abord, une demi-douzaine de pages du Code pénal, pour, - disait-il, - se donner le ton. Pour moi, m'étant mis en tête d'écrire certaines histoires, j'avais trouvé plus pratique, après mûre réflexion, de fréquenter, tout bonnement, le soir, l'un des cafés du passage de Choiseul où feu M. X***, l'ancien exécuteur des hautes-œuvres de Paris, venait, presque quotidiennement, faire sa petite partie d'impériale, incognito. C'était, me semblait-il, un homme aussi bien élevé que tel autre; il parlait d'une voix fort basse, mais très distincte, avec un bénin sourire. Je m'asseyais à une table voisine et il me divertissait quelque peu lorsque emporté par le démon du jeu, il s'écriait brusquement: "- Je coupe!" sans y entendre malice. Ce fut là, je m'en souviens, que j'écrivis mes plus poétiques inspirations, pour me servir d'une expression bourgeoise. - J'étais donc à l'épreuve de cette grosse sensation d'horreur convenue que causent aux passants ces messieurs de la robe courte. »

jeudi 17 novembre 2011

363



« Mais maintenant que Clifford s'engageait dans cette nouvelle maladie d'activité industrielle, devenait presque un animal, avec, au-dehors, une dure carapace d'utilité pratique, et, au-dedans, une pulpe molle, un de ces extraordinaires animaux, crabes ou langoustes, du monde moderne, industriel et financier, invertébrés de l'ordre des crustacés, avec des carapaces d'acier, comme des machines, et des intérieurs de pulpe molle, Constance elle-même se sentait complètement perdue. »

mercredi 16 novembre 2011

362



« - D'accord, a répondu Mercedes. Au fait, on a baisé, hier soir ?
- Nom de Dieu ! Tu ne te souviens pas ? On a bien dû baiser pendant cinquante minutes !
Je ne parvenais pas à y croire. Mercedes ne semblait pas convaincue.
On est allé au coin de la rue. J'ai commandé des oeufs au bacon avec du café et des toasts. Mercedes a commandé une crêpe au jambon et du café.
La serveuse a apporté la commande. J'ai attaqué mes oeufs. Mercedes a versé du sirop sur sa crêpe.
- Tu as raison, elle a dit, on a dû baiser. Je sens ton sperme dégouliner le long de ma jambe. »

mardi 15 novembre 2011

361



« -Alors comment définis-tu un être humain ?
-Quand la Deuxième Loi m'oblige à obéir à un être humain, je dois l'interpréter comme une obéissance à un être humain qui est habilité, du fait de son esprit, de sa personnalité et de ses connaissances, à me donner cet ordre; et quand il s'agit de plus d'un homme, celui parmi eux qui est le plus habilité du fait de son esprit, de sa personnalité et des ses connaissances, à me donner cet ordre.
-Et dans ce cas, comment peux-tu obéir à la Première Loi ?
-En sauvant tous les être humains et sans jamais, par mon inaction, permettre que l'un d'eux soit en danger. Cependant, si dans toutes les actions possibles, des êtres humains se trouvent en danger, en agissant alors de la sorte que le meilleur d'entre eux, du fait de son esprit, de sa personnalité et de ses connaissances, subisse le moins de mal possible.
-Nous sommes bien d'accord, murmura Georges Dix. Maintenant je dois te poser la question pour laquelle au départ j'ai demandé qu'on t'associe à moi. C'est quelque chose que je n'ose pas juger par moi-même. Je dois avoir ton avis, l'avis de quelqu'un qui se trouve en dehors de mon processus de pensées... Parmi les individus doués de raison que tu as rencontrés, lequel possède l'esprit, la personnalité et les connaissances supérieurs selon toi aux autres, si l'on ne tient pas compte de l'aspect extérieur, qui n'a rien à voir avec cela ?
-Toi, murmura Georges Neuf.
-Mais je suis un robot. Il existe dans les circuits de ton cerveau un critère qui te fait distinguer un robot métallique d'un être humain en chair et en os. Comment peux-tu alors me classer parmi les êtres humains ?
-Parce que les circuits de mon cerveau ressentent un besoin pressant de ne pas tenir compte de l'aspect extérieur dans le jugement d'un être humain, et ce besoin est plus fort que la distinction entre le métal et la chair. Tu es un être humain, Georges Dix, et bien supérieur aux autres.
-C'est ce que je pense de toi, dit Georges Dix. Grâce au critère de jugement que nous possédons, nous nous considérons comme des êtres humains dans toute l'acceptation des Trois Lois, et qui plus est, des être humains supérieurs aux autres.
Georges Neuf murmura:
-Que va-t-il se passer alors, quand les autres nous accepteront ?
Georges Dix répondit:
-Quand nous seront acceptés, ainsi que les autres robots, qui seront conçus plus perfectionnés que nous, nous consacrerons notre temps à essayer de former une société dans laquelle les êtres-humains-de-notre-sorte soient avant les autres protégés du malheur.
Selon les Trois Lois, les être-humains-de-leur-sorte sont d'un intérêt inférieur et on ne doit jamais leur obéir ni les protéger quand cela s'oppose à la nécessité de l'obéissance à ceux-de-notre-sorte et de le protection de ceux-de-notre-sorte. C'est à cause de cette idée que j'ai déclenché la robotisation du milieu écologique mondial. »

lundi 14 novembre 2011

360



« Dans une société où les gens ont plus ou moins ce qu'ils veulent sexuellement, il devient difficile de les motiver à acheter des réfrigérateurs et des voitures. »

dimanche 13 novembre 2011

359



« Comme une vie peut se résoudre en une poignée d’anecdotes. Quelques noms. Et quelques plaisirs itératifs. Le sexe, l’alcool, la vitesse, le crépuscule, l’aurore. Une aventure, une épopée. Comme celle du trou aux fées, ou ce que nous appelions ainsi, la source qui surgit à Vedoux, que tu cerclas pour en faire un bassin rond, fond de sable et de galets roulés, duquel sourd une eau à vingt et un degrés constants, chargée de gaz et d’un taux de microradioactivité auquel on attribue maintenant ses effets bienfaisants. Bouchée par une toile fée invisible aux Chrétiens. »

samedi 12 novembre 2011

358



« Que le lecteur claustrophobe se contienne. La détention dans l’espace est instruite par le texte des organes. On y est préparé. Son véhicule conduit là où la clôture des corps est déjouée. Elle ne possède plus l’attribut d’un obstacle. C’est un scaphandre moins l’étanchéité. Rendus, par son port, solubles au solide, on peut s’y produire. On ne doit percer la surface de la chose que pour en ressortir. On développe un couple. Il transmet la force d’inverser l’ordre des causes exigeant qu’on ouvre avant d’entrer. »

vendredi 11 novembre 2011

357



« si je t’écris
oui
cher
que hi my name is
Renée de Montréal
not too far
should should meet
believe we
’cause made to be
together
fondly
si je t’écris
oui
des lettres
qui disent
hi remember me in Ontario
you lumberjack
me planting trees
a sign it was a sign
tendrement »

jeudi 10 novembre 2011

356



« Un chapeau n'est pas un chapeau, dit le Chapelier Fou à Alice, soutenant de la main gauche sa tasse de thé fumante, ou pour le moins, pas qu'un chapeau. Observe un peu celui-ci, Tea for two, qui te va à merveille, si esthétique... Tu as perdu la tête à Paris pour un peintre bien peigné qui t'invite à son studio et te fait poser nue une éternité. Tu restes à grelotter de froid dans cet atelier ténébreux, tes dents jouent des castagnettes, là, comme une beauté nue, alors que lui continue de te peindre planté devant son chevalet, et pour te réchauffer il t'offre finalement thé et sympathie, un tripotement artistique qui t'excite terriblement et fait s'évanouir ta timidité. Ne sois pas timorée, te dit-il, te mettant comme bonnet sa propre casquette trouée qui à tes yeux ressemble à la palette qu'il n'a pas et qui te permet de constater dans le miroir fendu du fond que tu n'existes vraiment que sur la toile sur laquelle il est en train de t'envoûter. »

mercredi 9 novembre 2011

355



« -Je vais mourir ?
-POSSIBLE
-Vous vous amenez quand il est possible qu'on meure ?
-OH OUI. C'EST UN NOUVEAU TRUC. A CAUSE DU PRINCIPE D'INCERTITUDE.
-C'est quoi ça ?
-JE N'EN SUIS PAS SÛR. »

mardi 8 novembre 2011

354



« Ah, love, let us be true
To one another ! for the world, which seems
To lie before us like a land of dreams,
So various, so beautiful, so new,
Hath really neither joy, nor love, nor light,
Nor certitude, nor peace, nor help for pain ;
And we are here as on a darkling plain
Swept with confused alarms of struggle and flight,
Where ignorant armies clash by night.


Ah mon amour, soyons fidèles
L’un à l’autre : le monde, bien qu’il semble
S’étendre devant nous comme un pays de rêve
Aussi varié que beau et neuf,
Est vraiment sans amour, sans joie et sans lumière,
Sans paix ni certitude, où la douleur est reine.
Nous semblons être au soir tombant sur une plaine
Que traversent les bruits confus de luttes et de débandades
D’armées aveugles qui se heurtent dans la nuit. »

lundi 7 novembre 2011

353



« Prends ton temps, ma fille. Plus elle mijote, meilleure est la compote. »

dimanche 6 novembre 2011

352



« Les livres sur le bonheur sont formels : nous sommes conçus pour croire que ce que nous désirons nous rendra heureux, mais conçus de telle sorte que la possession nous procure un bien maigre frisson. Vouloir est ce qu’avoir aspire à retrouver. »

samedi 5 novembre 2011

351



« Il s'était réveillé avant l'aube et regardait poindre le jour gris. Lent et presque opaque. Il se leva pendant que le petit dormait et il mit ses chaussures et enveloppé dans sa couverture il partit entre les arbres. Il descendit une anfractuosité de la paroi rocheuse et là il s'accroupit et se mit à tousser et il toussa pendant un long moment. Puis il resta agenouillé dans les cendres. Il leva son visage vers le jour pâlissant. Il chuchota :Es-tu là? Vais-je te voir enfin? As-tu un cou que je puisse t'étrangler? As-tu du coeur ? Maudit sois-tu pour l'éternité as-tu une âme Oh Dieu, chuchotait-il. Oh Dieu. »

vendredi 4 novembre 2011

350




女が左手の親指を塗り終えようとしている頃、暗い箱の中、仮死状態だった赤ん坊は全身に汗を掻き始めた。最初額と胸と腋の下を濡らした汗はしだいに全身を被って赤ん坊の体を冷やした。指がピクリと動き口が開いた。そして突然に爆発的に泣き出した。暑さのせいだった。空気は湿って重く二重に密閉された箱は安らかに眠るには不快過ぎた。熱は通常の数倍の速さで血を送り目を覚ませと促した。赤ん坊は熱に充ちた不快極まる暗くて小さな夏の箱の中でもう一度誕生した、最初に女の股を出て空気に触れてから七十六時間後に。赤ん坊は発見されるまで叫び続けた。

« Au moment où elle finissait d’étaler le vernis sur l’ongle de son pouce gauche, le bébé, au fond des ténèbres de sa boîte, à la gare, était déjà en état de mort apparente. La sueur qui commençait à perler de tous ses pores, inonda d'abord sont front, puis sa poitrine, ses aisselles, et refroidit tout son corps. Il remua alors les doigts, ouvrit la bouche et se mit soudain à hurler sous l'effet de la chaleur étouffante. L'air était humide, lourd, il était trop pénible de dormir enfermé dans cette boîte doublement hermétique. La chaleur intense, accélérant la circulation de son sang, l'avait réveillé. Dans l'insupportable fournaise de cette obscure petite boîte en carton, en plein été, il venant de naître une seconde fois, soixante-seize heures après être sorti du ventre de sa mère. Il continua à hurler de toutes ses forces jusqu'à ce qu'on le découvre. »

jeudi 3 novembre 2011

349



« Il existe une espèce de dicton - le néant habite l'être, et je comprends ce que ça veut dire, sauf que formulé dans ces termes c'est trop abstrait, trop philosophique. Plutôt rébarbatif, en plus - alors que ça ne l'est pas le moins du monde. John dirait que ça sonne mieux en français mais ce n'est pas ça. Ca sonne mieux quand on est au bord d'un champs de coquelicots transis et qu'on laisse venir le néant, comme ça, rien de fracassant, juste un néant prosaïque. Ca sonne mieux quand on ne le formule pas avec des mots, quand on ne le commente même pas, qu'on se contente de regarder et d'écouter pendant qu'il nous emporte - pas du tout un truc négatif, pas une condition existentielle, mais un genre d'éclosion, un évènement naturel. Une chose qui, lorsqu'elle finit par venir, n'a rien d'un coup d'éclat. La conscience qui s'épanche. Le rouge des coquelicots. La fraîcheur du matin. »

mercredi 2 novembre 2011

348



« Je me répétais une liste de mots apprise par coeur des années auparavant, une liste de noms de lieux canadiens. Je m'étonnai de m'en remémorer un si grand nombre. J'aimais alors les noms indiens, parce qu'ils paraissaient anciens et patinés, comme des galets polis par le cours d'un ruisseau, mais certains noms récents étaient beaux, eux aussi, chargés d'une vie neuve, des promesses que les pionniers s'étaient faites à eux-mêmes alors qu'ils parcouraient le pays en petits groupes : Vermilion Bay, Fort Hope, Fort Resolution. »

mardi 1 novembre 2011

347



«  Le même réflexe qui pousse un noyé à s’agripper aux roches glissantes me retint sur la ligne de séparation des genoux posés l’un sur l’autre. Les chairs légèrement comprimées produisaient un renflement vite effacé en lisière de la jupe ; on le devinait, plus haut sur la cuisse, gagner en importance et gonfler le tissu en une rondeur exquise. »